Salut tout le monde
Chose promise chose due, je fais une tentative pour vous raconter un peu cette traversée de l atlantique.
Ne sachant dans quel ordre mètre les choses, je commencerais par le départ de Tenerife.
Nous sommes donc partis le 27 novembre, avec à bord de sir Ernest, un endurance 35, Joya, la capitaine, son fils solen de14 ans, sa fille mahaut 9 ans et moi bien sur.
Cela faisait déjà quelques jours que nous attendions une fenêtre météo, il nous fallait du nord est, il est venu mais assez fort d autres bateaux partaient déjà mais joya voulait attendre que le vent faiblisse équipage jeune oblige, mais surtout, elle venait d être éprouvée par une météo très difficile en descendant de Gibraltar. Car tout l équipage a part moi avait déjà une semaine de nav dans les pattes.
Le 27, nous avions donc du nord est 2 a 3 mais avec une mer encore bien formée.
Nous sortons du port au moteur, ramassons les par-battages, lovons les amarres et envoyons la grand voile et le génois.
Après un quart d heures joya a besoin de faire je ne sais quoi dans le bateau me passe la barre et s en va.
Que n a t elle pas fait là! Au début tout va bien, j ai un cap à suivre, le vent a l'air établi, mais nous longeons une île montagneuse, le Teide culminant a plus de 3000m.
Je sens que le vent tourne, le temps que je comprenne et que je me décide à faire quelque chose, j avais déjà fait une erreur de barre et découvrais a mes dépends qu’un endurance 35 de plus de 12 T avait un peu plus d inertie qu’un corsaire. J'ai donc vu la connerie arriver, et n ai pas su l empêcher. Nous avion déjà empanné. 5 des coulisseaux de la GV étaient pétés.
Il y avait heureusement des coulisseaux de remplacement, vu que ce sont simplement des petites pièces en plastique qui servent à endrailler la voile.
Le capitaine étais très colère, ça a duré une bonne semaine durant laquelle j ai fait profil bas. J étais déjà assez bien entraînée a tenerife.
Je ne sais pas si ce que je vous décris de mon erreur est exact, nous n en avons pas reparlé...
Donc des débuts difficiles. Mais on ne pouvait pas s arrêter a une erreur, même si parfois une erreur peut coûter cher.
Le soir venu, je prends donc mon quart comme prévu, a minuit jusqu’ a 3h.
Drôle de sensation, l équipage dormais (même si joya ne dormait que d un œil), et le bateau étais sous ma responsabilité.
Il y avait de la lune, nous allions doucement vers le sud ouest en nous éloignant de la Gomera. Le régulateur d allure faisait son boulot, il fallait juste le corriger de temps en temps car Romeo (c est son nom) n n’aime pas les vagues de travers. J ai profité de ce quart pour mettre de l ordre dans les émotions du jour et poser les objectifs en avant. Rien de tel pour cela que de garder les yeux grands ouverts à regarder la mer.
Voila pour la première journée, les suivantes se sont passées de mieux en mieux.
J ai pu faire mes preuves, a la manœuvre et a la barre, et gagner peu a peu la confiance de l équipage.
Vraiment peu à peu. En fait il a été difficile de trouver ma place a bord, était donne qu’on me parlait un peu comme de la merde autant dire les choses clairement. Ça ne me facilitait pas la tache non plus pour me placer vis à vis des enfants.
J ai donc observe la vie à bord, et me suis attribuée quelques taches quotidiennes cela m aidait à me positionner.
Rapidement de toute façon il s est avéré que les enfants étant très fatigues par le mal de mer et le roulis permanent, en dehors du quart de solen, j étais souvent la seule à prendre le relais du capitaine.
Le mal de mer pour ma part, j y ai presque échappé, a peine quelques nausée les trois premiers jours, mais jamais de là a me coucher. Heureusement.
Après quelques jours nous avons modifie la durée des quarts joya et moi passion a quatre heures et nous partagions la nuit de 23h a 3 heures pour moi et de 3h a 7 h pour elle. Ainsi solen pouvait se coucher à 23h et être plus a même d aider a la manoeuvre le matin, et Mahaut ne voyait pas la nuit trop longtemps et se réveillait mieux.
Même si il était long, mon quart était sans conteste le moment que je préférais.
La météo nous a donc épargnés la première semaine, ça ne pouvait pas durer.
Après une semaine donc, le vent a forci, et la mer a sérieusement grossi.
C est dans l après midi que les conditions se sont détériorées. La météo était carrément alarmante.
Nous étions sous trinquette, et depuis quelques heures déjà, il n étais plus question de faire barrer Romeo. La mer n en finissait plus de grossir, le capitaine étais fatiguée et nous avions déjà plus de 6 mètres de creux, plus par moments, et des déferlantes.
Le ris dans la trinquette n étant pas prêt, nous nous sommes mis à la cape sèche (barre amarrée et a sec de toile). Joya espérait ainsi se reposer plutôt que d affronter les éléments.
J ai personnellement passé la pire nuit de ma vie. De l intérieur, on avait l impression d être enfermés dans montagnes russe et je n arrivais pas a chasser de mon esprit la peur irrationnelle d une déferlante qui nous emmènerait avec elle par les fonds.
Nous avons fait la veille en passant simplement la tête par le capot toute les 5 à 10 minutes.
Le lendemain les conditions étaient à peine meilleures, mais il n étais pas question de renouveler l expérience.
Nous avons pris un ris dans la trinquette et n'avons plus lâché la barre. Nous nous relayons a trois, et même avec si peu de toile, c étais franchement physique dans les rafales, mais dans l ensemble nous arrivions a bien tenir le bateau. A la tombée de la nuit, de nouveau le vent a forci et la mer était toujours aussi grosse. Nous avons pris la barre une heure chaqu'uns a tour de rôle pour la nuit pendant que les grains eux aussi se succédaient. Joya m annonçait pendant un grain une vitesse constante de 8.5 nœuds ce qui sous trinquette arisée était un record c était finalement assez grisant.
Même si c était fatiguant, je me sentais nettement plus rassurée dehors a la barre que a la cape, dedans.
C est pendant mon quart que le jour c est levé et je l ai accueilli avec le plus grand bonheur. Il s est accompagné d une légère accalmie. Ensuite joya a pris le relais et a enchaîné avec le quart du fiston qui n en pouvait plus. Nous non plus d ailleurs mais quel soulagement de voir autour de soi.
La journée, la mer étais toujours très haute 5 a 6 mètre mais nettement moins cassante.
Les grains ont cessé et les lumières étaient magnifiques, elles transperçaient le haut de la houle donnant a la mer des teinte gris bleu moutonnée de blanc. C est dans ces conditions que j ai passé plusieurs heures d affilée a la barre, le vent était encore très soutenu, et il y avait franchement de quoi s éclater avec les vagues. Je ne voulais plus lâcher.
Dans les jours qui ont suivi, le vent a sensiblement faibli mais la mer a mis du temps à se calmer. En fait a part pendant les 3 derniers jours de la traversée, nous avons toujours eu au moins 2 mètre de creux une bonne partie de la journée.
Joya me disait qu’elle avait l impression de voir l atlantique nord. En fait de tout ce qu’on m a dit des alizées ca n y ressemblait pas beaucoup.
Ces journées nous ont bien aidés à avancer, nous avions un vent asses soutenu mais bien établi. Il a suffit régler Roméo. Nous avons ainsi été autour de 5 nœud de moyenne, les voiles en ciseaux, quasiment sans touchera rien pendant plusieurs jour.
Nous approchions sérieusement du but et le point sur la carte s avérait de plus en plus encourageant, nous avions passé la moitié de la route, et il faisait de plus en plus chaud.
A midi dans le cockpit, les plus blancs de l équipage prenaient un coup de soleil en vingt minutes, et la nuit la veste n étais plus de sortie que pour les grains, et encore, on se demandait s il ne valait pas mieux en profiter pour se rincer.
Pour ce qui est de se rincer, j ai eu la chance de passer presque toujours entre les goutes et même les paquets, a part un tout petit et en plein soleil.
Je ne sais pas par quel miracle, il est arrivé plusieurs fois que le cockpit soit complètement arrosé alors que je n avais le droit qu’a quelques goutes, parfois a 5 centimètres près.
Quant aux grains, j ai eu droit aux vents fort avec des grains très court, a peine le temps d être mouillée sitôt séchée, ou a d autre dont la pluie passait a coté comme un rideau mais qui encore une fois ne m apportaient que quelques goutes.
Les autres par contre ont eu le droit à des grosses pluies sans vent qui trempent bien et en général à toutes les situations qui mouillent.
Je passais pourtant presque tout mon temps dans le cockpit et y échappait souvent a quelques minutes près.
Et pendant que je me préoccupais de la pluie et du beau temps, le bateau continuait sa route, c est dans la dernière semaine qu’une baleine nous a escorte pendant près d une heure, c étais magnifique. Elle jouait avec nous en passant sous la coque pour réapparaître d un coté ou de l autre du bateau. C étais a priori une baleine de minke ou rorqual comun de 6 ou 7 m son dos étais sombre alors que son ventre nous apparaissait vert fluo a travers l eau et avait une partie blanche sur sa nageoire pectorale.
On l a même vue sortir presque entièrement de l eau, bel effort pour une baleine.
Les dauphins aussi ont été de la partie à deux reprises, et même un bébé avec sa maman, et tout le reste de la famille bien sur.les oiseaux aussi étaient de bonne compagnie, surtout des péterelles au début puis des pailles en queue.
Bon je pourrais aussi vous parler du ciel ou des couleurs sur la mer, de la vie a bord ou de la pêche tiens, ou même de l arrivée à pointe a pitre. Mais je crois que vous avez déjà pas mal de choses à lire et puis il faut bien que j en garde à raconter de vive voie.
Je vous souhaite donc une bonne année a tous, et même pour les dix ans à venir.
À bientôt
inti from gwada
